Le Garagiste d’Amboise

Archive photographique · Rencontre

Le Garagiste d’Amboise

Juillet 2000, lors d’une promenade, au hasard des rues d’Amboise, un bâtiment un peu délabré a attiré mon œil. Au fond, j’ai aperçu un vieux tacot qui m’a poussé à entrer voir de plus près.

Lieu

Amboise

Période

Juillet 2000

Supports

Film noir et blanc Kodak TriX-400

Ensemble

27 photographies

La découverte

Un bazar organisé

Je n’y connais quasiment rien aux voitures, mais le charme d’un tel bazar organisé où se mêlaient trottinettes, panneaux de signalisation, enseignes de restaurants, calandres de Mercedes, taches d’huiles, auto-tamponneuses et autres, ne pouvait pas me laisser indifférent.

Grand adepte de la diapo pour ses couleurs vives, j’ai fait quelques prises de vues en fin d’après midi.

Le garagiste s’occupait de quelques clients qui avaient des soucis avec leurs tacots modernes, et sans le déranger, avec son consentement acquis du regard, j’ai fini ma pellicule couleur avec un sentiment d’inachevé : je savais que ces premières prises de vues de l’endroit, bien que très contrasté, n’allaient pas être satisfaisantes. L’intérêt colorimétrique ne semblait pas être au rendez-vous.

Sorti de ce paradis, quelque chose me manquait… un terrible sentiment de travail inachevé m’a torturé l’esprit toute la soirée.

Le lendemain

Revenir aux aurores

Ce même sentiment m’a fait me lever aux aurores le lendemain matin, et prendre deux pelloches noir et blanc dans ma poche.

Quand j’ai retrouvé mon garagiste, il ne restait plus que lui et ses vieux tacots, les vrais, baignés d’une superbe lumière naturelle.

Quatorze ans plus tard

Retrouver les films

Dimanche 9 novembre 2014, je fais un peu de tri dans mes affaires : j’en profite pour faire agir la magie du numérique, et passe mes films dans un scan Rollei qui ne fait pas de miracles en termes de qualité, mais pourtant, quel plaisir de retrouver ces anciennes images avec ce gros coup de jeune ! Le plaisir est d’autant plus grand quand je découvre des images laissées de côté dans mon classeur à films noir et blanc, tout simplement parce qu’elles ne m’avaient pas plu à ce moment là.

Je crois que j’ai bien fait de les garder pour vous les proposer aujourd’hui, d’autant que j’ai cru comprendre que ce magnifique endroit avait perdu de sa superbe !

Vingt et un ans plus tard

Un hommage bien mérité

Après de longues péripéties dont je passe les détails, de nombreux contacts avec les petits enfants de Fernand, un projet fou voit son aboutissement ultime : un hommage au grand homme est organisé dans le centre d’art « Le garage ». Le lieu est définitivement sauvé alors qu’il a longtemps été menacé de destruction. Mes images sont tirées en grand format, quelques-unes de plus de 3m apposées sur la façade. C’est pour moi une des plus belles récompenses de mon travail…

  • 1930 — Ouverture de la Carrosserie : La famille Martin-Dumagny ouvre son atelier de carrosserie et de mécanique automobile. Le fils, Fernand Martin du Magny (surnommé « NanNan »), naît et grandit dans cet espace.
  • 1930 – 1992 — Un lieu de labeur et d’artisanat : Pendant plus de 60 ans, le lieu fonctionne comme un garage traditionnel. Fernand y fait son apprentissage, tient la carrosserie familiale, puis s’éloigne un temps pour d’autres métiers avant de prendre sa retraite en 1992. Le garage ferme alors ses portes, restant « dans son jus » avec ses pièces et ferrailles.
  • Années 1990 – 2010 — L’atelier d’art brut : À la retraite, Fernand Martin du Magny transforme son ancien lieu de travail en atelier de création. Il utilise les pièces mécaniques et la ferraille abandonnées pour réaliser des sculptures d’art brut, souvent caricaturales et pleines d’humour.
  • 29 mai 2019 — Inauguration du Centre d’Art contemporain : Racheté et sauvegardé par la Ville d’Amboise, le bâtiment de 340 m² est entièrement réhabilité. Les architectes conservent l’ossature métallique et l’esprit industriel tout en créant un espace moderne.
  • Mai – Juin 2021 — L’hommage : La Ville organise une rétrospective intitulée « Du garage au Garage », dédiée aux sculptures en métal de Fernand Martin du Magny. L’exposition célèbre l’ancien garagiste et sculpteur populaire qui a donné au lieu son âme artistique originelle. Les images d’Yves Auboyer seront utilisées pour illustrer la vie de l’artiste et l’histoire du lieu.

Remerciement

Une expérience photographique exaltante

A la mémoire de M. Fernand Martin Dumagny qui m’a offert une de mes expériences photographiques les plus exaltantes.

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