Archive photographique · Rencontre
Jean-Paul Marchal, imagier à Épinal
Le 24 février 2015, un autre Jean-Paul m’a conduit dans un atelier tout simplement exceptionnel. J’y ai rencontré Jean-Paul Marchal, graveur sur bois, dessinateur, typographe et imagier à Épinal, gardien passionné de techniques que le numérique a presque fait disparaître.
La découverte
Un atelier de bric et de broc
Dans le petit atelier de Jean-Paul Marchal, le temps semble s’être arrêté. Les murs et les étagères accueillent des dizaines de pots d’encre, des presses, des pochoirs, des ciseaux, des rabots, des lettres de plomb et des casses en bois. Tout ce que le numérique a progressivement relégué au rang de souvenir continue ici de servir.
Jean-Paul a racheté une grande partie de ce matériel au fil des fermetures d’imprimeries. Il ne collectionne pas seulement des objets anciens : il les utilise, les entretient et leur redonne une fonction. Son atelier devient ainsi un lieu de résistance au temps qui passe, mais aussi un espace vivant dans lequel les gestes de l’imprimerie continuent de produire des images.
L’atelier
Entrer dans un autre temps
Dans cet atelier, les outils ne sont pas des vestiges : ils continuent de chanter sous les mains de celui qui les connaît.
Le savoir-faire
Faire naître l’image du bois
Petit-fils de menuisier, Jean-Paul Marchal a grandi au milieu des copeaux de bois. La gouge et le ciseau prolongent naturellement sa main. Il creuse la planche, enlève la matière et prépare les vides dans lesquels l’image va se construire. Ce n’est pas ce qu’il ajoute qui fait apparaître le dessin, mais ce qu’il retire.
Une fois la matrice gravée, l’encre révèle les formes, puis la presse les transfère sur le papier. Chaque étape exige précision, patience et expérience. Le geste paraît simple lorsqu’il est accompli par celui qui le maîtrise, mais il condense des décennies de pratique et une connaissance intime de la matière.
Le geste
Graver, encrer, imprimer
Un destin singulier
De l’enseignement à l’image
Après avoir enseigné durant de longues années, Jean-Paul Marchal est revenu à sa passion première : le dessin. Il a intégré l’École de l’image d’Épinal, perfectionné ses techniques et développé une manière personnelle de raconter des histoires par la gravure, l’illustration et la typographie.
Son talent a été remarqué par un critique d’art qui l’a proclamé « imagier d’Épinal ». La presse locale a ensuite accompagné cette reconnaissance, tandis que les commandes d’images, de lithographies et de travaux typographiques se multipliaient. Son approche conjugue ainsi un savoir-faire ancien et une manière très contemporaine d’inventer des récits visuels.
L’Imagerie d’Épinal
L’un des derniers gardiens
L’Imagerie d’Épinal reconnaît en Jean-Paul Marchal un talent hors pair et propose plusieurs de ses illustrations. Le lieu conserve plus de deux siècles d’histoire de l’image imprimée ainsi qu’une importante collection de bois gravés, de machines et d’outils classés au patrimoine historique.
Jean-Paul appartient à cette lignée d’artisans et de conteurs qui maintiennent vivante une mémoire régionale. Sa collection particulière de bois gravés est exceptionnelle, mais sa véritable richesse réside dans sa capacité à transmettre les gestes, les récits et l’enthousiasme qui donnent encore aujourd’hui tout leur sens à ces techniques.
Le portrait
Un homme passionné et passionnant
La rencontre
Une découverte improbable
Le 24 février 2015, un autre Jean-Paul m’a conduit dans cet endroit exceptionnel. Donner des cours de photographie peut parfois mener à des rencontres que l’on n’aurait jamais imaginées. J’espère avoir restitué, au travers de ces images, une part de l’émotion qui m’a été offerte ce jour-là.
Épinal · 24 février 2015
Jean-Paul Marchal, imagier